Passage de Drake deuxième, fin du voyage


Préparatifs et départ

Nous passons cette dernière journée, ou matinée pour être précis, à la préparation du bateau pour le retour. Cela consiste essentiellement à ranger tout ce qui peut gêner, attacher tout ce qui peut bouger, arranger ce qui est en bordel et inspecter ce qui peut casser.

Mine de rien, ça occupe quelques heures. On mange une dernière fois au calme, il reste même de la salade fraîche, on relève les amares, et c’est parti.

On reprend assez rapidement la litanie des quarts, avec un à l’avant pour la surveillance des glaces et l’autre à la barre.

J’ai terminé le chapitre que Joyce référençait comme Nausicaa et il est absolument merveilleux. Il faut savoir qu’Ulysse est divisé en chapitres qui sont chacun écrit avec un style différent. Certains sont assez obscurs et érudits, d’autres sont faciles et d’autres merveilleux. C’est le cas de ce dernier qui est en deux parties. Le contraste de style entre les pensées et la description de Gertie le twist inattendu à la Night Shyamalan et les pensées de Bloom sur le même événement est incroyable. Mes préférés jusqu’à présent, j’en suis à la moitié, sont donc celui-ci, Les sirènes et Les rochers errants sans doute. J’attends avec une certaine excitation de relire le dernier, Pénélope et le monologue de Molly. En attendant, on navigue.

Avec Christophe, on reprend notre créneau de 17h, les glaces commencent déjà à se faire plus rares, on navigue entre les îles. On repasse par Melchior Islands ce qui n’est pas le chemin le plus direct mais nous évite un passage avec du vent à 50 knots, autant en profiter.

Drake, le retour

Le quart de 1h se passe bien, on est à la voile, les dernières terres enneigées s’éloignent, sans doute l’île Brabant, on a une petite visite d’orques ! C’est assez rare, mais leur grand aileron est caractéristique. Ils suivent le bateau un moment puis s’éloignent. On file un petit 10 knots sous génois seul avec un trois quart arrière à 20 knots apparent, c’est plutôt pas mal mais ça faiblit. Le moteur prendra le relais après que je sois descendu me coucher. La houle établie presque de travers fait bien rouler le bateau, le sommeil est d’une qualité bien médiocre.

À 8h, je me prépare pour le petit déjeuner mais Christophe est de nouveau barbouillé, je ferai ce quart tout seul. On est encore à la voile mais ça faiblit de nouveau et on roule rapidement le génois pour reprendre une route au moteur. On reste avec un cap un peu à l’ouest pour aller voir le Cap Horn si on peut, ce serait chouette. La houle reste établie, les pétrels à damier tournent autour du bateau, il commence à neiger.

Selfie sous artimont

Les jours se suivent maintenant dans une savoureuse monotonie avec un vent plus ou moins constant 25 à 35 knots trois quart arrière et une houle formée de trois à quatre mètres. Les quarts s’enchaînent sans Christophe qui n’arrive pas à quitter sa couchette, entrecoupés par des siestes et grignotages, voire belote quand assez de joueurs sont présents en même temps. Des cormorans continuent de tourner autour du bateau alors qu’on est à 400km de la première terre, dont un géant qui plane fort gracieusement, tout à l’économie.

Quart de 1h, le vent est tombé et il change de sens, il est à l’arrière maintenant. On est au moteur dans une houle qui tourne également et qui secoue le bateau de droite et gauche, et il fait de nouveau sombre, la nuit revient. L’avantage, c’est que… Ah bah non, en fait c’est juste un peu chiant. Le temps passe moins vite. Normalement on doit arriver au Horn en fin d’après-midi, petit détour qui nous rajoute une dizaine d’heures de navigation mais le Horn quoi ! De là on sera presque arrivé et Christophe pourra revivre un peu.

Caphornier

Quart de 17h, le ciel est dégagé, on a un très beau soleil sur la mer, magnifique. Le vent toujours trois quart arrière, sous trinquette et artimon, on file 10 knots. L’horizon est clair, j’aperçois une montagne à tribord. J’appelle Olivier pour la lui signaler.

C’est le Cap Horn, tu vas dessus maintenant

Cap sur le Cap Horn. Petit frisson… Dans des conditions très agréables en plus.

Le fameux Cap Horn et sa forme pointue caractéristique

Je ne sais pas exactement à partir de quand on peut considérer qu’on a passé le Cap Horn, mais considérant qu’on est à la voile et qu’on est arrivé à l’ouest du cap pour aller à l’est, je pense qu’on est bon ! Je suis Caphornier 😁

On ne pourra pas s’approcher beaucoup, on est dans les eaux chiliennes sans autorisation spéciale, on doit tourner assez vite et nous diriger vers la terre de feu et le canal de Beagle.

On vise maintenant une arrivée à Harberton dans la matinée de demain. Au matin, le vent ayant forci et étant de face avec la mer on révise notre arrivée pour le début d’après-midi. Les prévisions météo se dégradent très vite dans le Drake il est prévu 40 à 50 knots de vent demain autour du cap, depuis le nord, on a bien fait de profiter de cette fenêtre météo même si elle nous fait rentrer un peu tôt, un jour de plus nous aurait coûté bien cher.

Derniers jours

Journée à Harberton, après le déjeuner, une petite randonnée au milieu des chevaux. Demain, on reste la journée pour partir en fin d’après-midi pour Ushuaia avec une arrivée prévue pour 3h du matin et la marée haute.

On est bien à Harberton Chevaux semi sauvages Forêt primaire Promenade avec les chevaux Jolie fleur locale Trempage des pieds Marama au mouillage

Christophe a retrouvé la forme dès que le bateau a arrêté de bouger, ça fait plaisir, il a pris vraiment cher mais de son aveu, que je partage sans que ça m’ait coûté autant, ça valait le coup.

Fin de la fin

Nous reprenons les quarts pour la navigation de nuit jusqu’à Ushuaia je prends celui d’Olivier à 23h et Christophe celui d’1h, peu avant l’arrivée. Le vent est fort et de face, je dois faire des bords au moteur pour ne pas faire du sur-place (Elodie et Charles sur le quart précédent sont parfois tombés à 2 knots voire moins tellement ça souffle) ça doit être terrible dehors, je n’imagine même pas au Cap !

Je me réveille comme une fleur avec le bateau au ponton, encadré de chaque côté par mes deux bateaux de rêve (Garcia Exploration 45 et Boréal 47 😍😍😍)

Le voyage est fini, demain on reprend l’avion pour un lonnnnnng retour (3 vols pour moi et plus de 24h avec les connexions)

Juste le temps de faire le tour de la ville en courant (je voulais une trace ici et ça faisait tellement longtemps) et de boire quelques bières avec Carlos puis un bon resto le soir avec tout le monde.

Le ponton du club nautico Vue du port et de la baie Petit tour de la ville en jogging Les montagnes qui bordent la ville

Alors au final, que retenir de cette aventure ?

Tellement de choses…

Le voyage en lui-même déjà, un mois complet, déconnecté du monde, on n’a eu aucune nouvelle de ce qu’il se passait en dehors de notre univers de poche, et aucune information sur le monde. C’était back to the 80’s et ça faisait du bien.

La partie navigation, celle que j’attendais avec le plus d’impatience et qui s’est révélée magique, un bateau magnifique, rapide, confortable, spacieux. La partie voile s’est concentrée sur la traversée du Drake aller-retour, mais ça compte pour un quart du temps de voyage quand même. Et c’était vraiment du plaisir ++. Merci à l’équipage pour nous avoir permis de vivre ça.

La partie ski aura été une découverte pour moi, et j’ai beaucoup aimé. Les caprices de la météo et les accès parfois difficiles n’auront pas permis de vivre l’expérience à 100% mais on sait que dans les environnements un peu sauvages, rien n’est jamais garanti. Merci aux guides pour cette expérience que je renouvellerai dans des conditions plus simples et probablement moins spectaculaires dans les mois et années à venir.

La partie humaine enfin, la moins prévisible et finalement sans doute la plus enrichissante, mais j’ai peut-être eu de la chance. Enfermé pendant un mois avec 15 personnes que l’on n’a pas choisies dans la promiscuité d’un bateau même assez grand, ça reste une gageure. Et si on a de la chance comme cela semble avoir été le cas, ça se transforme en un moment formidable avec des gens précieux au contact desquels on évolue et on apprend. Alors merci à vous tous, Christophe déjà pour m’avoir parlé de ce plan, Christophe et Corinne pour votre bonne humeur, Jean-Luc partenaire de belote précieux, Elodie pour ton enthousiasme contagieux, Charles, Carlos, Alfredo, Vincent pour nos conversations et nos échanges enrichissants, nos guides Yvan et André d’un grand professionnalisme, désolé pour les dernières parties de belote où on vous a fait un peu mal mais à charge de revanche, et l’équipage Olivier, Virgile aka moussaillon et Eve à qui je dois sans doute quelques kilos nouveaux. À tous, un grand merci pour ce moment.

Ce voyage est un de ceux qui changent un peu la vie ou la façon de la voir. Une expérience un peu unique, quelque chose qui reste et qui ressortira régulièrement. Et ça, ça n’a pas de prix.

A bientôt !

Ajouter un commentaire

cliquez pour voir le nombre à recopier dans la case ci après (anti spam)